Cancer du sein : quand le numérique s’invite dans la lutte en Afrique 🌸🌍

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Chaque mois d’octobre, le cancer du sein revient au centre des campagnes de sensibilisation. Rubans roses, dépistages, témoignages de survivantes et messages de prévention occupent l’espace public. Mais derrière cette mobilisation, un autre front, plus discret, se développe : applications mobiles, assistants fondés sur l’intelligence artificielle, échographes portables et même outils accessibles sur les réseaux sociaux cherchent désormais à faciliter l’accès à l’information, au dépistage et au suivi.

Au Cameroun comme dans d’autres pays africains, ces technologies répondent à une même difficulté : toutes les femmes n’ont pas facilement accès à un spécialiste, à un équipement médical ou à un centre de santé capable de réaliser rapidement les examens nécessaires. Le numérique tente donc de rapprocher certains services des populations. Voici les solutions que la rédaction de TechGriot a rassemblées pour vous.

IntelliBra mise sur l’IA 🇨🇲🤖

Parmi les innovations africaines, IntelliBra attire particulièrement l’attention. Développée au Cameroun par la startup ANORA, cette solution associe un dispositif portable à des technologies d’imagerie et à l’intelligence artificielle pour assister le dépistage du cancer du sein.

L’objectif est notamment de réaliser certains examens avec un équipement plus facilement transportable et d’exploiter les données recueillies grâce à des outils numériques. Selon la présentation du projet, le système est pensé pour fonctionner avec une tablette et conserver les données avant leur synchronisation, une caractéristique intéressante dans les zones où la connexion Internet n’est pas toujours stable.

Le projet prévoit également un registre numérique destiné à mieux suivre les patientes, du dépistage jusqu’aux différentes étapes de leur prise en charge. Cette approche cherche ainsi à répondre à deux problèmes à la fois : détecter plus tôt les anomalies, et mieux conserver et exploiter les informations médicales recueillies sur le terrain.

Transformation numérique du système de santé 🇳🇬

Au Nigeria, selon le ministère fédéral de l’Information, le gouvernement a intégré l’intelligence artificielle et l’oncologie de précision (une approche qui adapte la prise en charge aux caractéristiques de chaque patient) à son National Cancer Control Plan 2026-2030. Ce plan concerne notamment la prévention, le diagnostic, la planification thérapeutique, la recherche et la surveillance du cancer.

Huit cliniques de prévention oncologique sont également annoncées comme opérationnelles dans des établissements fédéraux. Le pays développe parallèlement sa Nigeria Digital in Health Initiative, une stratégie de numérisation beaucoup plus large du système de santé.

Au Rwanda, des applications accompagnent les femmes 📱🇷🇼

Le numérique ne se limite toutefois pas aux équipements médicaux. Au Rwanda, l’application Check Me propose aux femmes des outils d’information et d’accompagnement autour de la santé mammaire : auto-examen guidé, rappels, informations de prévention, recherche de structures de santé et prise de rendez-vous.

L’application intègre également des outils fondés sur l’intelligence artificielle, afin d’offrir un accompagnement supplémentaire aux utilisatrices tout en maintenant le professionnel de santé au centre de la décision médicale.

Une autre initiative, IROZA, emprunte un canal encore plus familier : WhatsApp. L’assistant permet aux utilisatrices d’obtenir des informations sur la santé du sein et des indications sur les possibilités de dépistage et d’orientation.

Le choix de WhatsApp n’est pas anodin. En Afrique, utiliser une plateforme déjà familière peut faciliter l’accès à l’information sans imposer l’installation d’une nouvelle application.

Quand l’échographie devient portable 🩺📱

Dans les zones éloignées des grands centres urbains, le problème n’est pas uniquement de savoir qu’il faut se faire dépister. Il faut aussi pouvoir accéder à l’examen.

C’est pourquoi certaines initiatives africaines expérimentent des échographes portables associés à des outils d’intelligence artificielle. Le matériel peut être transporté au plus près des communautés, et les images produites peuvent être analysées à l’aide d’outils numériques.

Cette approche pourrait contribuer à réduire une partie des difficultés liées à la distance entre les patientes et les centres spécialisés. Le principe est simple : plutôt que d’attendre que toutes les femmes se déplacent vers les équipements, certaines technologies cherchent à faire parvenir l’équipement jusqu’à elles.

Même les SMS peuvent participer à la prévention 🇬🇭💬

La technologie utilisée pour lutter contre le cancer du sein n’est pas forcément sophistiquée. Au Ghana, des chercheurs ont notamment étudié l’utilisation des SMS pour encourager les femmes à participer au dépistage et leur transmettre des informations de santé.

Cette solution rappelle qu’en Afrique, une stratégie numérique ne doit pas forcément dépendre d’un smartphone récent ou d’une connexion Internet permanente. Un simple téléphone capable de recevoir un SMS peut déjà devenir un outil de sensibilisation.

Empêcher les femmes de se perdre dans le système de santé 🇰🇪

Au Kenya, un essai clinique actuellement en cours étudie une stratégie de navigation des patientes par mobile (un accompagnement qui guide la patiente d’une étape du parcours de soins à la suivante). Les outils numériques servent à l’éducation, aux rappels, à la motivation et à l’orientation vers le dépistage. Les participantes peuvent ensuite être suivies pendant plusieurs mois.

Le pays expérimente aussi le programme Women’s Integrated Cancer Screening (WICS), conduit par les ministères de la Santé avec l’appui technique de l’OMS Afrique. Il regroupe le dépistage du cancer du sein et du col de l’utérus avec d’autres services de santé lors d’une même visite. Le programme est également piloté en Côte d’Ivoire et au Zimbabwe. Selon l’OMS Afrique (chiffres publiés en décembre 2025), 3 767 femmes avaient déjà été examinées dans les comtés de Bungoma et Nyandarua, avec 686 résultats anormaux identifiés. L’innovation n’est donc pas uniquement technologique : elle tient aussi à l’organisation des données et du parcours de soins.

L’IA intervient directement dans l’échographie 🇿🇦

L’Afrique du Sud apporte un autre exemple intéressant avec Breast AI, un outil d’aide à la décision associé à l’échographie. Une étude multicentrique publiée en septembre 2026 a évalué son utilisation auprès de 1 129 femmes dans cinq établissements sud-africains.

L’outil [LIEN] était utilisé en complément de l’évaluation clinique et de l’échographie, notamment pour aider à la stratification du risque (le classement des patientes selon leur niveau de risque) et aux décisions d’orientation.

Un autre travail sud-africain, publié en 2025, avait déjà étudié l’utilisation d’une échographie au point de service (réalisée directement lors de la consultation) associée à l’IA, dans un contexte où les ressources sont limitées.

L’IA peut-elle vraiment détecter un cancer ? 🤖🩺

C’est ici que la prudence reste nécessaire. Une application qui guide une femme dans son auto-examen ne peut pas confirmer qu’elle souffre d’un cancer. De même, un outil d’intelligence artificielle capable d’analyser une image médicale ne remplace pas automatiquement un radiologue ou un médecin.

Le véritable intérêt de ces technologies se situe davantage dans l’accompagnement du parcours de soins. Elles peuvent aider à sensibiliser, rappeler un rendez-vous, faciliter l’orientation, analyser certaines données ou attirer l’attention d’un professionnel sur une anomalie potentielle. Le diagnostic et la prise en charge doivent ensuite passer par les professionnels et les examens médicaux appropriés.

L’OMS Afrique vient justement de publier, en 2026, de nouvelles orientations qui insistent sur la reconnaissance précoce des symptômes, l’évaluation clinique, l’orientation rapide vers les services appropriés et la continuité des soins.

D’Octobre rose à une prévention plus connectée 🌸📲

L’arrivée de ces outils change progressivement la manière de penser la prévention du cancer du sein. Demain, une femme pourrait recevoir un rappel sur son téléphone, effectuer un premier auto-examen guidé ou être orientée vers un centre de santé. Elle pourrait aussi bénéficier d’un examen réalisé avec un équipement portable et voir ses données intégrées dans un système permettant aux professionnels de suivre son parcours.

Le numérique ne guérit pas le cancer. Mais il peut contribuer à réduire certains obstacles qui retardent encore l’information, le dépistage et l’orientation. Pour le Cameroun, l’enjeu est surtout de savoir comment rendre ces innovations accessibles au plus grand nombre, y compris aux femmes vivant loin des centres urbains.

Que pensez-vous du fait que, derrière le ruban rose, se dessine aussi une nouvelle bataille technologique contre le cancer du sein ? Dites-le-nous en commentaire.


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