Proton : l’écosystème suisse qui veut vous libérer de Google — et de ses données 🔐
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Chaque matin, vous ouvrez Gmail. Vous consultez votre agenda sur Google Calendar, sauvegardez vos fichiers sur Drive, et naviguez peut-être avec le VPN d’un opérateur américain. Pratique, fluide, gratuit — ou presque. Car ce que vous ne payez pas en euros, vous le réglez en données personnelles. Vos habitudes, vos déplacements, vos échanges les plus intimes : tout cela alimente des profils publicitaires qui valent des milliards. Dans ce contexte, une question s’impose de plus en plus dans le débat public : est-il encore possible de reprendre le contrôle de sa vie numérique ? Une entreprise suisse pense que oui. Elle s’appelle Proton. Et elle a construit, brique par brique, un écosystème entier pour vous le prouver.
Né au CERN, grandi à Genève 🏔️
L’histoire de Proton commence là où l’on s’attend le moins à trouver une startup : dans les couloirs du CERN, le laboratoire européen de physique des particules. En 2014, un groupe de scientifiques — Jason Stockman, Andy Yen et Wei Sun — fondent Proton Mail avec une idée simple mais radicale : créer une messagerie que personne, pas même ses créateurs, ne peut lire. Le projet est lancé via un financement participatif et trouve rapidement son public parmi les journalistes, les militants et les professionnels soucieux de leur confidentialité.
Dix ans plus tard, Proton n’est plus seulement un service d’emails. C’est un écosystème complet : messagerie chiffrée, VPN, stockage cloud, gestionnaire de mots de passe, agenda, portefeuille Bitcoin, et même une suite collaborative pour entreprises. En 2024, la société a franchi une étape importante en plaçant ses activités sous le contrôle de la Proton Foundation, une organisation à but non lucratif. Un choix structurel fort, qui garantit que l’entreprise ne pourra pas être rachetée par un géant du numérique ou dépendre d’investisseurs aux intérêts contraires à sa mission. Au conseil d’administration de cette fondation : Tim Berners-Lee, rien de moins que l’inventeur du World Wide Web.
Ce que Proton met sur la table 🛠️
Proton Mail
C’est le produit phare. C’est aujourd’hui le service de messagerie chiffrée le plus utilisé au monde. Son principe repose sur deux technologies complémentaires : le chiffrement de bout en bout — vos messages sont chiffrés avant de quitter votre appareil — et le chiffrement zéro accès, qui protège les données stockées sur les serveurs. Résultat : même Proton ne peut pas lire vos emails. Pas de publicité, pas de suivi comportemental, pas de scan de vos messages pour alimenter des profils marketing.
La version gratuite offre 1 Go de stockage, ce qui peut sembler modeste face aux 15 Go de Gmail. Mais ce 1 Go gratuit est réellement gratuit : pas de collecte de données en échange. Les abonnements payants commencent à 3,99 €/mois pour 15 Go, et le plan Unlimited, à 9,99 €/mois, ouvre l’accès à l’ensemble de l’écosystème avec 500 Go de stockage.
Proton VPN
Il s’agit de l’un des VPN les plus transparents du marché. Ses applications sont open source — n’importe quel expert peut vérifier le code — et la politique zéro log est auditée de manière indépendante. Il propose une version gratuite sans limite de bande passante, une rareté dans le secteur. Les plans payants débloquent des fonctionnalités avancées comme le Secure Core (routage multi-hop), le blocage des publicités et malwares, ou l’accès aux plateformes de streaming. Sa juridiction suisse le place hors du champ des accords de surveillance américains, contrairement à NordVPN, basé en Lituanie mais soumis aux pressions du cadre légal américain pour ses serveurs US.
Proton Drive
C’est l’alternative chiffrée à Google Drive. Les fichiers sont chiffrés localement avant d’être envoyés vers les serveurs. Son point faible : l’absence, pour l’instant, d’outils collaboratifs en temps réel comparables à Google Docs. Pour les équipes qui travaillent intensivement sur des documents partagés, il faudra patienter ou maintenir un outil complémentaire.
Proton Pass
Il s’agit du gestionnaire de mots de passe de l’écosystème. Il inclut une fonctionnalité particulièrement utile : les alias d’emails. Vous pouvez générer des adresses temporaires pour vos inscriptions sur le web, protégeant ainsi votre véritable adresse email des campagnes de spam et des fuites de données. Une fonctionnalité absente chez les concurrents directs comme 1Password ou Bitwarden.
Proton Calendar
Il fonctionne comme Google Agenda, avec chiffrement intégral — titre de l’événement, description, lieu, participants : tout est chiffré, même Proton ne peut consulter votre emploi du temps.
Proton Docs, Proton Sheets, Proton Meet et Proton Authenticator
Ce sont les petits nouveaux de l’écosystème, et ils changent radicalement la donne. Docs permet de rédiger et modifier des documents en ligne avec chiffrement de bout en bout — un équivalent direct de Google Docs, sans la surveillance. Proton Sheets, encore en phase de lancement, offre la collaboration en temps réel sur des tableurs sensibles. Ce sont deux ajouts majeurs qui comblent l’un des derniers angles morts de l’alternative Proton face à Google Workspace.
Proton Meet complète le tableau avec une solution de visioconférence confidentielle, en réponse directe à Google Meet. Et pour les accros à la sécurité des comptes, Proton Authenticator est une application d’authentification à deux facteurs (A2F) entièrement gratuite, open source et disponible sur toutes les plateformes — y compris sur ordinateur, ce que Google Authenticator ne propose pas. Elle synchronise vos codes de manière chiffrée entre vos appareils et fonctionne même sans compte Proton.
Ce que vous gagnez vraiment 🔐
Au-delà des discours marketing, ce que Proton offre concrètement, c’est un changement de modèle économique. Google et ses pairs vivent de la publicité ciblée. Leurs services gratuits sont le produit ; vous êtes la matière première. Proton, lui, se finance par les abonnements. Vos données n’ont pas de valeur commerciale pour eux — elles sont chiffrées, ils ne peuvent même pas y accéder.
La cohérence de l’écosystème est aussi un avantage réel. Votre VPN Proton masque votre IP lorsque vous consultez votre boîte mail Proton. Vos mots de passe Proton Pass sont sauvegardés dans votre Proton Drive chiffré. Tout est connecté, tout est cohérent, et rien n’est corrélé pour dresser un portrait de vous. Une protection systémique que vous n’obtenez pas en combinant Gmail + NordVPN + Google Drive, même séparément.
Ce que vous perdez — soyons honnêtes ⚖️
La transition a un prix. Le premier, c’est le confort d’un écosystème rodé depuis vingt ans. Gmail reste plus rapide, plus intelligent dans le tri des emails, et mieux intégré à l’ensemble des outils de productivité Google (Docs, Meet, Sheets, Forms). La recherche dans Proton Mail est plus limitée : chiffrer les messages, c’est aussi se priver de les indexer finement.
Avant, Proton Drive n’avait pas d’équivalent à Google Docs. Ce n’est plus vrai aujourd’hui. Proton Docs et Proton Sheets existent désormais et permettent la collaboration en temps réel. Ils restent néanmoins plus jeunes et moins matures que Google Workspace sur certains aspects avancés — intégrations tierces, historique des révisions, ou richesse des fonctions de formatage. Pour des équipes très exigeantes sur la productivité collaborative, il faudra encore patienter ou tester avant de trancher.
Enfin, la version gratuite, bien que respectueuse de la vie privée, est limitée en stockage. Si vous avez des années d’emails et de photos stockées chez Google, il faudra opter pour un plan payant dès la migration.
Passer de Gmail à Proton : plus simple qu’on ne le croit 🔄
Proton a développé un outil dédié : Easy Switch. En quelques clics, il importe vos emails, contacts et événements de calendrier depuis Gmail. L’opération se déroule en arrière-plan, sans interruption de service, et prend généralement entre un et sept jours selon le volume de données. Vos messages sont chiffrés dès leur arrivée sur les serveurs Proton.
Les contraintes à anticiper : les libellés Gmail ne se transfèrent pas parfaitement, certaines intégrations spécifiques à Google (Google Meet, par exemple) disparaissent, et il faudra mettre à jour votre adresse email auprès de vos banques, abonnements et contacts professionnels. L’approche recommandée est progressive : commencer par utiliser Proton Mail en parallèle de Gmail, puis basculer complètement une fois à l’aise.
Ce que ça coûte — et la comparaison avec la concurrence 💶
| Offre | Prix mensuel | Ce qui est inclus |
|---|---|---|
| Gmail / Google One 100 Go | 1,99 €/mois | Email + 100 Go Drive/Photos |
| Google One 2 To | 9,99 €/mois | Email + 2 To stockage |
| NordVPN + NordPass (bundle) | ~7 €/mois | VPN + gestionnaire de mots de passe |
| Proton Unlimited | 9,99 €/mois | Mail + VPN + Drive 500 Go + Pass + Calendar + Wallet |
| Proton Family (6 utilisateurs) | 23,99 €/mois | Tout Unlimited x6 + 3 To partagés |
Sur le papier, Proton Unlimited offre un rapport qualité/vie privée imbattable. Pour 9,99 €/mois, vous avez l’équivalent d’un Google One 500 Go, d’un NordVPN, d’un 1Password, et d’un agenda chiffré — le tout sans aucune collecte de données.
Proton et l’Afrique : une question de souveraineté 🌍
La question de la vie privée prend une dimension particulière sur le continent africain. Dans un contexte où les données des utilisateurs africains transitent massivement par des serveurs américains ou européens, soumis à des législations étrangères, des alternatives comme Proton soulèvent une question plus large : celle de la souveraineté numérique. Qui contrôle les données des citoyens africains ? Où sont-elles stockées ? Sous quelle juridiction ? La montée en puissance d’outils comme Proton — même s’ils restent suisses — ouvre un débat que l’Afrique devra trancher, en développant à terme ses propres réponses technologiques plutôt que de simplement substituer une dépendance à une autre.
La vie privée : un luxe ou un droit fondamental ? 🔭
Proton n’est pas parfait. Ses applications mobiles restent moins polies que celles de Google, ses outils collaboratifs accusent du retard, et son offre gratuite demande un engagement que beaucoup ne sont pas encore prêts à faire. Mais l’entreprise représente quelque chose de plus grand qu’un simple service de messagerie : elle incarne l’idée que la protection des données personnelles ne devrait pas être un privilège réservé à ceux qui peuvent payer, mais une norme accessible à tous. À l’heure où les géants du numérique concentrent des quantités de données sans précédent, et où les régulateurs peinent à suivre, des projets comme Proton rappellent qu’une autre façon de construire le numérique est possible. La vraie question n’est pas de savoir si vous devez quitter Google. C’est de décider, en connaissance de cause, ce que vous acceptez de donner en échange de la commodité.
Et vous, avez-vous déjà tenté de réduire votre dépendance aux services de Big Tech ? Êtes-vous prêt à payer pour protéger votre vie privée, ou pensez-vous que c’est une démarche réservée à une élite ? Partagez votre expérience en commentaire — la famille TechGriot vous lit. 👇
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