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Quelques secondes suffisent désormais avec l’intelligence artificielle pour écrire un message, résumer un document, trouver une idée, préparer un devoir ou reformuler un texte. Au Cameroun, étudiants, travailleurs, entrepreneurs et créateurs de contenus s’en servent pour aller plus vite. Mais derrière ce gain de temps, l’on se demande si, à force de confier certaines tâches à la machine, les utilisateurs sont encore en train de faire travailler leur cerveau de la même manière.
« Je demande d’abord à l’IA » 🤖
Dans les transports, à l’université, au bureau ou à la maison, les usages se multiplient. Une question difficile n’est plus forcément suivie d’une recherche personnelle. Pour certains, le premier réflexe consiste désormais à demander directement une réponse à l’intelligence artificielle.
« Avant, je cherchais plusieurs informations avant de rédiger. Maintenant, je donne le sujet à l’IA et elle me propose déjà une base », raconte Laurent Etoundi, étudiant.
Le gain de temps est difficile à nier. Pour un devoir, un courrier professionnel ou une présentation, l’utilisateur peut obtenir en quelques secondes une structure qu’il aurait mis plusieurs minutes, voire plusieurs heures, à construire. Mais certains reconnaissent aussi avoir pris de nouvelles habitudes.
« Le problème, c’est que quand je sais que l’IA peut répondre, je ne cherche plus longtemps. Je lui demande directement et je vois comment adapter selon mon souhait », admet Aline Fokou, travailleuse.
Le cerveau aussi peut déléguer 🧠
En psychologie cognitive, le phénomène est appelé décharge cognitive. Il consiste, selon les experts, à utiliser un outil extérieur pour prendre en charge une partie du travail mental. Par exemple, une calculatrice fait les calculs, un agenda garde les rendez-vous et un moteur de recherche retrouve une information.
« À force d’utiliser l’IA, on en devient dépendant. Dans ce cas précis, le cerveau te demande à chaque fois de ne plus fournir d’efforts. Il te renvoie alors vers un appareil qui peut tout faire à ta place sans moindre effort », renseigne Arnold Namasso, psychologue.
L’intelligence artificielle pousse cette logique beaucoup plus loin. Elle peut chercher, résumer, reformuler, comparer, organiser ou même produire une réponse complète. Le problème n’est donc pas forcément d’utiliser l’outil, mais lorsque l’utilisateur cesse progressivement de faire lui-même certaines opérations mentales.
Une étude menée au Cameroun tire la sonnette d’alarme 🚨
La question ne relève plus seulement du ressenti. Une étude publiée en 2025 s’est intéressée au lien entre utilisation de l’IA, décharge cognitive et pensée critique chez des étudiants camerounais. Menée auprès de 380 étudiants de la Higher Technical Teacher’s Training College de Kumba, rattachée à l’Université de Buea, l’étude établit une association statistique entre une utilisation accrue de l’IA, davantage de décharge cognitive et des niveaux plus faibles de pensée critique dans son échantillon.
La décharge cognitive joue également un rôle intermédiaire dans cette relation. Cela ne signifie pas que l’IA « détruit le cerveau » ou que chaque utilisateur devient moins intelligent. L’étude porte sur un groupe précis et montre surtout un lien entre les différentes variables observées. Pour les chercheurs, l’enjeu est donc de trouver un équilibre entre l’aide apportée par la technologie et l’effort intellectuel que l’utilisateur continue de fournir.
Sur le terrain, les avis sont partagés 🗣️
Chez les étudiants, le discours est loin d’être uniforme : les avis recueillis le confirment.
« L’IA m’aide surtout quand je suis bloquée. Je lui demande des explications et ensuite je fais mon travail sur la base de tout ce qui apparaît », explique Doline Fonka, étudiante.
Pour elle, l’outil ne remplace pas la réflexion, mais permet plutôt de débloquer une difficulté. Un autre étudiant reconnaît cependant l’utiliser autrement.
« Quand on me donne un travail à faire, je peux demander directement une réponse. Si le résultat est bon, je ne cherche pas forcément à comprendre comment on est arrivé là », indique Lionnel Mvaa.
Dans les entreprises également, le gain de temps séduit.
« Pour les mails et certains documents, l’IA m’évite de passer beaucoup de temps sur la formulation », explique Aline T., jeune cadre.
Pas plus intelligent que l’humain 🧠
L’intelligence artificielle permet de réduire l’effort nécessaire pour certaines tâches. C’est justement ce qui fait son intérêt, mais réduire l’effort n’est pas toujours synonyme de progrès cognitif. Si l’IA prend en charge une tâche répétitive, l’utilisateur peut consacrer son énergie à quelque chose de plus complexe. Dans ce cas, la technologie devient un véritable outil d’assistance.
À l’inverse, si elle prend systématiquement en charge la recherche, la mémorisation, l’analyse et la rédaction, l’utilisateur risque de moins exercer ces capacités. Des travaux récents retrouvent également cette tension entre soulagement cognitif et décharge cognitive. L’IA peut alléger la charge mentale, tout en posant un problème lorsque l’utilisateur lui délègue une partie excessive de son raisonnement.
« Si l’IA est coupée, certains ne savent plus quoi faire » ⚠️
Dans les établissements scolaires et universitaires, cette évolution interpelle particulièrement les enseignants.
« Le problème n’est pas que l’étudiant utilise l’IA. Le problème est lorsqu’il rend un travail qu’il est incapable d’expliquer. Celui-ci rend ainsi un travail dont il n’a aucune connaissance, parfois il n’a même pas l’intelligence d’enlever les mentions laissées par l’IA utilisée », observe Laure Nikwel, enseignante.
Un constat qui revient sous différentes formes. Certains apprenants utilisent l’outil pour comprendre une notion. D’autres pour améliorer leur expression, mais certains demandent directement une production complète. Dans ce dernier cas, le devoir est terminé et l’apprentissage n’a pas forcément eu lieu. C’est aussi cela qui inquiète certains parents.
« Mon enfant peut avoir une bonne réponse sur un devoir sans avoir réellement compris la leçon. C’est cela qui me dérange parce qu’au final, un outil automatise tout pour lui », confie Agnès Dikoumè, parent.
Faut-il bannir l’IA ? 🚫🤖
Interdire systématiquement l’intelligence artificielle ne réglerait pas le problème. Elle fait désormais partie des outils numériques utilisés pour travailler, apprendre et communiquer. La question est plutôt de savoir ce que l’on demande à la machine et ce que l’on continue à faire soi-même.
« Moi je pense que l’IA nous permet de développer nos facultés intellectuelles. Il suffit simplement d’allier son aisance avec un peu de réflexion et on sera des génies. Adoptons-la avec stratégie, au risque de perdre complètement notre identité », fait savoir Leon Agbor, jeune employé.
Chercher des idées, demander une explication ou vérifier une information peut renforcer l’apprentissage. Demander directement une réponse finale et la recopier sans la comprendre produit un résultat très différent. La frontière se situe donc moins entre « utiliser » et « ne pas utiliser » l’IA qu’entre s’en servir comme assistant et lui abandonner son raisonnement.
Le nouveau réflexe doit peut-être être différent 🇨🇲🧠
Avant de demander à l’IA de résoudre un problème, pourquoi ne pas essayer soi-même ? Avant de copier une réponse, pourquoi ne pas la vérifier ? Pourquoi ne pas construire son propre plan avant de demander une rédaction complète ?
Ces réflexes simples peuvent permettre de profiter de la rapidité de l’IA sans abandonner l’effort intellectuel. Car l’objectif n’est pas de revenir à une époque sans technologie. Il est d’éviter que la technologie fasse systématiquement à notre place ce que nous sommes encore capables de faire. La « matière grise » du titre est donc une image. L’IA ne fait pas disparaître notre cerveau, mais change surtout la manière dont nous l’utilisons.
Le plus inquiétant n’est peut-être pas que l’intelligence artificielle sache répondre à nos questions. C’est que nous finissions par ne plus savoir quoi penser sans elle. À force de gagner quelques minutes, de déléguer nos recherches et d’obtenir des réponses toutes faites, nous pourrions économiser du temps tout en dépensant quelque chose de beaucoup plus précieux : notre capacité à chercher, douter, mémoriser et raisonner. Demain, le véritable luxe ne sera peut-être donc plus d’avoir accès à l’IA. Ce sera encore de savoir réfléchir lorsque l’IA se tait.
À vous internautes ! 🗣️👇🏾
L’IA vous aide-t-elle à mieux réfléchir ou avez-vous l’impression qu’elle vous pousse progressivement à moins réfléchir par vous-même ?
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