
SMS patriotiques au Cameroun : quand le Service Civique investit la messagerie citoyenne 🇨🇲 📩
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Depuis plusieurs mois, notamment depuis le début du mois d’octobre 2025, des millions de Camerounais reçoivent régulièrement sur leur téléphone portable des messages signés « Le Service Civique Camerounais ». Courts, souvent bilingues, centrés sur la paix, l’unité nationale, la diversité culturelle ou la responsabilité citoyenne, ces SMS s’invitent directement dans la messagerie personnelle des usagers.
Contrairement aux campagnes classiques diffusées à la télévision ou sur les réseaux sociaux, ces messages ne nécessitent ni connexion internet, ni abonnement, ni interaction volontaire. Ils apparaissent dans le même espace que les échanges familiaux ou professionnels. Ce choix stratégique intrigue les citoyens et transforme le téléphone en canal direct de communication institutionnelle.
Un outil de communication universel 📱
Le recours au SMS répond à une logique simple : au Cameroun, le téléphone portable est omniprésent. Qu’il s’agisse d’un smartphone connecté ou d’un appareil basique, le SMS demeure le moyen le plus inclusif pour toucher l’ensemble de la population, y compris dans les zones rurales où l’accès à Internet reste limité.
En utilisant ce canal, l’Agence du Service Civique National de Participation au Développement (ASCNPD) contourne les filtres algorithmiques des plateformes sociales. Aucun tri, aucun abonnement préalable : le message atteint directement le destinataire. Dans un paysage médiatique fragmenté, où l’information circule de manière accélérée et parfois chaotique, le SMS offre une diffusion stable, contrôlée et massive.
Une communication qui entre dans la sphère privée 🔐
À 15h36, Mireille, étudiante, reçoit un message : « Nos différences nous enrichissent, notre unité nous renforce. Our differences enrich us, our unity strengthens us. LE SERVICE CIVIQUE CAMEROUNAIS ». Elle lit, hésite, puis supprime.
« Au début, pendant la période électorale, j’ai cru à une arnaque. On reçoit tellement de choses bizarres… Mais j’ai constaté que cela revenait régulièrement. Je ne savais même pas qu’un tel service existait au Cameroun avant de recevoir ces messages », raconte-t-elle.
Les messages de l’ASCNPD, souvent diffusés en collaboration avec le Ministère de la Jeunesse et de l’Éducation Civique, mettent l’accent sur l’importance de renforcer le sentiment d’appartenance à la nation et sur la nécessité de cultiver des valeurs citoyennes solidaires. Ils s’inscrivent dans un cadre plus large d’éducation civique visant à « raffermir le sentiment patriotique, encourager la tolérance et réduire les comportements qui fracturent » la vie collective.
Une réception marquée par la neutralité ⚖️
Les réactions oscillent entre indifférence polie et approbation mesurée. Un cadre administratif explique qu’il lit systématiquement les messages « par respect », sans toutefois leur accorder une importance particulière.
Parmi les jeunes et les acteurs de la société civile, certains saluent une initiative bienvenue. Selon eux, ces rappels contribuent à orienter les discussions autour de l’unité nationale, dans un contexte où les tensions post-électorales restent vives et où la désinformation amplifie les risques de discorde communautaire. Les jeunes volontaires formés au service civique affirment que ces messages leur fournissent des repères pour agir en « ambassadeurs de paix » dans leurs quartiers et leurs cercles familiaux.
« Ce type de message nous rappelle que l’unité et la paix ne sont pas acquises, elles se construisent au quotidien. C’est d’ailleurs bien que cela vienne aussi de structures qui nous parlent directement », fait savoir Harold, pair éducateur.
À l’inverse, Junior, étudiant en communication, se montre sceptique : « Franchement, je lis à peine. Ça ressemble à un message automatique. Ce n’est pas ça qui va changer ma vision des choses. »
Cette absence de rejet massif contraste avec le scepticisme que suscitent souvent les campagnes institutionnelles en ligne. Le format court, l’absence de demande explicite et le ton consensuel semblent désamorcer la polémique. Toutefois, neutralité ne signifie pas adhésion. Pour certains, ces SMS relèvent davantage du rappel symbolique que d’un véritable dialogue civique.
Un discours descendant dans un écosystème participatif 📢
L’une des principales critiques concerne le caractère unidirectionnel du dispositif. Le SMS informe, mais ne permet pas de réponse. Il affirme, sans solliciter d’interaction.
Pour un enseignant en sciences sociales, « la cohésion sociale ne se construit pas uniquement par la répétition de slogans, mais par l’inclusion et l’écoute ».
Selon lui, la stratégie gagnerait à être articulée à des espaces de dialogue ou à des actions concrètes visibles sur le terrain.
Dans un contexte où la jeunesse camerounaise s’exprime massivement sur WhatsApp, Facebook, TikTok ou X, cette communication descendante paraît en décalage avec les pratiques numériques contemporaines. Contrairement aux réseaux sociaux, le citoyen reçoit le message, mais ne participe pas.
Entre stabilisation symbolique et efficacité incertaine 📊
Les thèmes abordés — unité, diversité, paix, patriotisme ou immigration clandestine — sont consensuels et difficiles à contester publiquement. Leur répétition devrait contribuer à installer un cadre de discussion stable dans l’espace numérique personnel des citoyens.
Mais l’efficacité réelle d’une telle campagne reste difficile à mesurer. Ces SMS modifient-ils les comportements ? Influencent-ils les perceptions du vivre-ensemble ou de l’immigration clandestine ? Ou participent-ils simplement à la normalisation d’un discours institutionnel ? En l’absence de données publiques sur l’évaluation de l’impact, il demeure complexe d’en apprécier la portée concrète. L’effet semble, pour l’instant, davantage symbolique que transformationnel.
Une stratégie évolutive 🔄
Les SMS du Service Civique Camerounais incarnent une nouvelle forme de communication institutionnelle : directe, massive et technologiquement inclusive. Leur ton consensuel limite la controverse, mais leur impact demeure difficile à quantifier. Toutefois, ils ne suscitent ni enthousiasme débordant ni rejet massif au sein de la population.
En choisissant la messagerie personnelle comme canal, l’ASCNPD a transformé le téléphone portable en espace de rappel civique. Reste à savoir si cette présence discrète contribuera réellement à renforcer le vivre-ensemble ou si, à terme, elle se fondra dans le bruit numérique quotidien. À l’ère mobile, le défi n’est plus seulement de toucher la population, mais de maintenir son attention.
Vos avis comptent!!!
Ces SMS du Service Civique influencent-ils réellement votre perception du vivre-ensemble, ou les considérez-vous comme de simples messages symboliques ?
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