De la cassette à l’algorithme : comment le showbiz camerounais a conquis le numérique 🎬🎵
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À l’ère des réseaux sociaux, une large part des artistes camerounais — musiciens et cinéastes — recourent désormais au placement en ligne pour distribuer leurs productions. Cette mutation témoigne d’une transformation profonde qui dessine deux époques distinctes du showbiz camerounais.
L’espace numérique : le nouveau terrain de vente du showbiz camerounais 📲💡
D’après une analyse de TechGriot portant sur les plateformes numériques, les musiciens et cinéastes camerounais représenteraient environ 68 % des comptes artistiques actifs recensés sur les principales plateformes. Sur ce total, seulement 34 % environ de ces comptes seraient monétisés — soit approximativement 41 % des comptes sur Facebook et 27 % sur TikTok.
Un constat que confirment les professionnels de l’industrie.
« L’accès croissant à Internet et la jeunesse de la population camerounaise ont profondément transformé la consommation de la musique et du cinéma. » Éric Pauwawe, PDG L.O.G Music, Agence de distribution digitale
« Chez L.O.G Music, nous observons qu’aujourd’hui le Cameroun figure parmi les principaux pays générant des streams pour de nombreux artistes, alors qu’en 2018 les écoutes provenaient principalement de la France, des États-Unis et d’autres pays occidentaux. Une évolution qui confirme le potentiel du numérique pour l’industrie culturelle camerounaise »
Le placement des productions musicales et cinématographiques en ligne s’inscrit dans une tendance de fond, qui dépasse largement les frontières camerounaises. « Quand un compte est monétisé sur Facebook, il affiche la coche bleue ; dans le cas contraire, rien ne s’affiche », explique Blaise, community manager. Selon plusieurs observations, des artistes affichant des millions de vues sur les réseaux sociaux préfèrent parfois repartir de zéro en créant de nouvelles pages monétisées. Certains invoquent l’alibi du « compte piraté » pour migrer vers de nouvelles plateformes monétisées, sans pour autant perdre leur communauté d’abonnés.
Comment ça marche en ligne ? ⚙️📊
Au Cameroun, Facebook déverrouille la monétisation à partir de 10 000 abonnés, tandis que TikTok réserve cette option aux créateurs résidant dans les pays éligibles à la monétisation. Pour maximiser leur visibilité numérique, les artistes planifient leurs publications avec précision — chaque sortie est minutieusement chronométrée pour éviter un mauvais démarrage. Une communication d’envergure est orchestrée en amont sur les réseaux sociaux : affiche sérieuse ou humoristique, textes percutants, teasers vidéo… Les formats varient entre buzz, clash, challenge ou communication classique, mais l’objectif demeure constant : capter l’algorithme et maximiser la portée organique du contenu.
« Au-delà de l’aspect artistique, chaque son ou création émanant d’un artiste est un produit. Et tout produit a besoin d’une vitrine pour se faire découvrir et se faire consommer. Il devient donc impératif d’utiliser les réseaux sociaux pour faire découvrir son art », résume Krys Kofi, artiste musicien.
Parfois, ce sont d’anciens succès qui s’emparent des algorithmes. C’est le cas de Viviane de Prince Aimé. Cette mélodie, véritable hymne de la génération 2006–2010, a resurgi dans les tendances en 2024 grâce à un a cappella de l’artiste ivoirien Debordo Leekunfa, déclenchant une vague de remixes chez les artistes camerounais.
« C’est incroyable ce que j’ai vu en 2024 autour de Prince Aimé. Les réseaux sociaux ont permis de remettre cette artiste sous les feux des projecteurs », témoigne Mathilde, passionnée des réseaux sociaux.
Le marketing à l’ère pré-réseaux sociaux 📼🕰️
Les artistes camerounais proposaient autrefois leurs œuvres sur CD et cassettes. Les prix de ces supports variaient entre 350 et 500 francs CFA (équivalant respectivement à environ 0,53 € et 0,76 €) à l’époque. La stratégie marketing reposait essentiellement sur l’organisation d’événements festifs où ces supports physiques étaient vendus au public.
« J’avais l’habitude d’assister aux soirées du rire et d’acheter des cassettes de Jean Miché Kankan. Il était très brillant », se souvient Papa Achille, septuagénaire nostalgique.
Dans les années 2000–2013, malgré ces démarches événementielles, l’accent était également mis sur les tournées commerciales dans les marchés populaires. « Le groupe Eza Boto a su marquer cette époque. Je me souviens qu’au marché mondial, près de la frontière Cameroun–Gabon, il avait réuni un immense public pour commercialiser ses CD », témoigne Maman Lucie, commerçante de ce marché. Cependant, la piraterie exerçait alors un impact considérable et négatif sur la rentabilité des artistes.
Du marché physique à la vitrine mondiale 🌍📱
Les réseaux sociaux ont profondément révolutionné la commercialisation et la consommation des productions artistiques au Cameroun. D’un marché physique contraint par la géographie et les moyens logistiques, le showbiz camerounais est passé à une vitrine mondiale, accessible depuis un simple smartphone. Et tout indique que cette révolution numérique n’en est qu’à ses débuts.
Cassettes hier, algorithmes aujourd’hui — le showbiz camerounais a muté. Et vous, comment consommez-vous encore la musique locale ?
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