Féminicides au Cameroun : quand les réseaux sociaux deviennent le tribunal du peuple 🇨🇲 📱
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Le Cameroun traverse depuis plusieurs semaines une vague de violences féminicidaires sans précédent. Entre le 6 et le 26 août 2026, quatorze femmes ont perdu la vie sous les coups de conjoints ou de proches, portant à plus de soixante le nombre de victimes recensées depuis le début de l’année, selon les chiffres compilés par la société civile. Mais si le phénomène n’est pas nouveau, sa prise en charge, elle, a changé de visage : ce sont désormais les plateformes numériques qui organisent la riposte, bien avant les institutions.
Le numérique comme caisse de résonance 📲
Le vendredi 28 août a marqué un tournant dans cette mobilisation. Facebook, Instagram, TikTok et X se sont couverts d’un même rouge symbolique : affiches, photos de profil, vidéos en direct, textes militants. En quelques heures, un hashtag est devenu le point de ralliement d’une indignation collective, transformant chaque téléphone en outil de dénonciation. Ce n’est plus la presse traditionnelle qui donne le tempo de l’actualité, mais la viralité d’un hashtag partagé de smartphone en smartphone à travers tout le pays.
Des voix qui portent grâce à l’algorithme 🎤
L’artiste gospel Indira Baboke a publié sur Facebook un texte poignant, largement relayé, où elle refuse de réduire ces meurtres à de simples « histoires de couple ». La footballeuse internationale camerounaise Ajara Nchout Njoya, passée par l’Atlético Madrid et l’Inter Milan, a marqué les esprits avec une formule reprise dans des centaines de partages : être une femme au Cameroun ne devrait jamais représenter un danger. Elle a ajouté que le silence collectif face à cette vague de meurtres revient à une forme de complicité.

Les dénonciations des célébrités femmes — Indira Baboke, Ajara Nchout Njoya
Ces prises de position illustrent une nouvelle dynamique : la portée d’un message ne dépend plus du statut de son auteur, mais de sa capacité à circuler sur les réseaux. Un post peut aujourd’hui atteindre plus de citoyens qu’un communiqué officiel, et forcer l’agenda politique.
La colère des internautes face à l’inaction de l’État 😡
Au-delà des figures publiques, c’est une lame de fond citoyenne qui s’exprime en ligne. Sur les forums et les commentaires, les internautes multiplient les messages dénonçant l’absence de cadre juridique adapté : le Code pénal camerounais ne reconnaît toujours pas explicitement la notion de féminicide comme catégorie spécifique. Un projet de loi sur les violences faites aux femmes et aux filles avait pourtant été initié dès 2023, sans jamais aboutir. Cette lenteur institutionnelle nourrit un sentiment de passivité, voire de complicité tacite, largement relayé et amplifié par les mêmes outils numériques qui portent la mobilisation.
Le tollé des t-shirts 👕
Face à cette pression, le ministère de la Promotion de la femme et de la famille a annoncé, par note de service du 27 août, que son personnel porterait chaque vendredi un t-shirt floqué « Stop aux féminicides et infanticides ». La mesure, calquée sur le langage visuel déjà imposé par les internautes, a immédiatement été perçue comme un contre-pied plutôt que comme une réponse.
Le politologue Aristide Mono a raillé sur les réseaux la disproportion entre l’ampleur du drame et la solution apportée, ironisant sur le fait qu’un vêtement tienne lieu de politique publique. Le chroniqueur et panéliste politique Banda Kani s’en est également pris à l’initiative sur ses plateformes. L’avocat Maître Sikati, de son côté, a interpellé directement la ministre, lui reprochant une présence plus visible aux côtés des Lionnes Indomptables de football qu’aux victimes de violences conjugales.

Indignations à l’endroit du Minproff — Aristide Mono et Médiatude
Ce que ces critiques révèlent en creux, c’est un déplacement du rapport de force symbolique : une administration qui dispose des leviers réglementaires et budgétaires pour agir choisit une réponse cosmétique, quand les internautes réclament une réforme du droit pénal et un renforcement effectif de la protection des victimes.
L’État contraint de suivre le tempo numérique 🏛️
Le ministère de l’Administration territoriale aurait lui aussi vu l’une de ses interventions devenir virale, signe que même le discours institutionnel se mesure désormais à l’aune de sa capacité à percer le fil d’actualité. La ministre a par ailleurs invité les victimes à utiliser une ligne verte de dénonciation, le 116, une mesure jugée par plusieurs observateurs insuffisante face à l’urgence, tant elle repose sur un dispositif jugé peu visible jusque-là.
La politique récupère la mobilisation en ligne 🗳️
Les acteurs politiques n’ont pas tardé à investir ce terrain numérique devenu incontournable. Serge Espoir Matomba, ancien candidat à la présidentielle de 2025, a publié sur sa page Facebook un appel à légiférer contre le féminicide, cumulant rapidement partages et commentaires. Cabral Libii a fait de même sur X, tandis que plusieurs partis ont profité de la caisse de résonance des réseaux pour exiger une loi spécifique. Le numérique s’impose ainsi comme le nouvel espace où se négocie, en temps réel, la réponse politique à une crise sociale majeure.
Ce que révèle cette mobilisation en ligne 🔍
Au-delà de l’indignation, cet épisode démontre la capacité du numérique camerounais à structurer un mouvement social en quelques heures, sans organisation centralisée ni financement massif, et à mettre une administration en demeure de répondre, même par une mesure jugée symbolique et rapidement retournée contre elle.
Selon vous, la mobilisation sur les réseaux sociaux peut-elle réellement faire bouger les lignes législatives au Cameroun, ou reste-t-elle une indignation sans lendemain ? Dites-le-nous en commentaire.
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