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CamerounEdito

Grossesse connectée : quand la maternité camerounaise s’expose sur les réseaux sociaux 🇨🇲🤰🏾

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Au Cameroun, la maternité quitte progressivement l’intimité des foyers pour s’exposer sur les écrans. Grossesses annoncées en stories, ventres arrondis photographiés chaque mois, confidences sur les hormones, l’accouchement ou l’allaitement… De plus en plus de femmes racontent leur parcours de mère en ligne. Entre libération de la parole, solidarité numérique et nouvelles pressions sociales, cette maternité connectée redessine le vécu des femmes.

Quand la grossesse devient un récit public 📝🌐

Il fut un temps où la grossesse se vivait dans la discrétion, parfois même dans le secret, surtout durant les premiers mois. Aujourd’hui, Facebook, Instagram, TikTok et WhatsApp ont bouleversé ce rapport à l’intime. Certaines Camerounaises annoncent leur grossesse par des vidéos scénarisées, d’autres documentent semaine après semaine l’évolution de leur corps, les envies soudaines, la fatigue, les peurs et les joies.

« J’ai partagé ma grossesse parce que je ne voulais plus faire semblant que tout allait bien. J’avais des nausées, des sautes d’humeur, et j’avais besoin d’en parler avec plus de personnes », confie Sandra, jeune mère à Douala.

Pour elle, les réseaux sociaux ont servi de journal intime ouvert, mais aussi de soupape émotionnelle. Là où personne ne pouvait lui apporter du réconfort, des commentaires et des partages d’expériences sous son post l’ont soulagée.

Cette mise en récit de la maternité transforme la grossesse en expérience collective. Les commentaires remplacent parfois les conseils des tantes, les likes tiennent lieu d’encouragements, et les messages privés deviennent des espaces de confidences entre femmes qui ne se sont jamais rencontrées.

Le corps maternel, entre acceptation et mise en scène 🤍📸

L’un des aspects les plus visibles de cette maternité en ligne est l’exposition du corps. Le fameux challenge « Comment j’étais avant et après ma grossesse » connaît toujours autant de viralité sur les réseaux. Corps transformés, ventres post-partum, vergetures, prise de poids, fatigue visible… certaines femmes choisissent de montrer ce que l’on cachait autrefois

« Avant et après mon accouchement, je me sentais mal dans mon corps. Voir d’autres femmes assumer leurs changements m’a aidée à m’accepter aussi », explique Carole, mère de deux enfants.

Mais cette exposition peut aussi devenir une nouvelle forme de pression. Les corps “bien remis”, les grossesses sans complications apparentes et les mères toujours souriantes créent des standards parfois irréalistes.

« On montre beaucoup les belles images, mais peu les nuits sans sommeil, la dépression post-partum ou la solitude. C’est vraiment ce qui est dommage dans tout ce sarcasme », regrette une sage-femme.

Selon elle, certaines femmes se sentent coupables de ne pas vivre une maternité aussi “parfaite” que celle qu’elles voient défiler sur leurs écrans. Par ailleurs, elles craignent de ne pas y arriver, malgré le réconfort apparent des publications.

Une maternité connectée, mais parfois isolée 💭📱

Paradoxalement, alors que les femmes partagent davantage, certaines se sentent plus seules que jamais. Les réseaux sociaux donnent l’illusion d’un soutien constant, mais ne remplacent pas toujours la présence physique. Une fois les vidéos regardées ou postées, on se retrouve face à sa réalité.

« Les gens commentaient mes photos, mais quand j’ai vraiment eu besoin d’aide après l’accouchement, il n’y avait plus grand monde. Ces personnes en ligne ne seront pas là physiquement quand tu en auras besoin. C’était difficile, mais ma mère m’a aidée à me relever », confie Nadège.

La maternité en ligne révèle ainsi une contradiction profonde. Elle rapproche virtuellement, tout en exposant la fragilité réelle des femmes face à la charge mentale, aux difficultés financières et aux injonctions sociales encore très fortes autour du rôle maternel au Cameroun.

Entre empowerment et marchandisation 💼🤱🏾

Cette visibilité a aussi ouvert la voie à de nouvelles opportunités. Certaines mères deviennent créatrices de contenu, parlent de parentalité, vendent des produits pour bébés ou collaborent avec des marques.

« J’ai transformé mon expérience de mère en activité. Je conseille d’autres femmes et je gagne un peu d’argent », explique une influenceuse “mom life”.

Mais la frontière reste mince entre partage sincère et mise en scène commerciale. La maternité devient parfois un produit, monétisé, scénarisé et filtré, au risque d’effacer les réalités les plus dures.

Une parole nouvelle qui bouscule les tabous 🗣️✨

Malgré ses dérives, la maternité en ligne a permis de briser de nombreux silences. Dépression post-partum, fausses couches, difficultés d’allaitement, grossesses hors mariage… autant de sujets longtemps tus qui trouvent aujourd’hui un espace d’expression.

« Avant, on souffrait en silence. Aujourd’hui, au moins, on sait qu’on n’est pas seules », résume Mireille, mère de trois enfants.

Cette parole numérique contribue à redéfinir la maternité camerounaise, moins idéalisée, plus humaine, mais aussi plus exposée aux regards et aux jugements.

Entre écrans et berceaux, une maternité à réinventer 🍼📲

La maternité en ligne au Cameroun n’est ni totalement émancipatrice, ni véritablement toxique. Elle est le reflet d’une société en transition, où les femmes cherchent à exister, à se raconter et à être comprises dans un monde de plus en plus connecté.

La maternité n’a jamais été un concours de visibilité. Pourtant, sur les réseaux, elle s’y prête malgré elle. Certaines y trouvent une communauté, d’autres s’y perdent, comparant leurs douleurs réelles à des maternités idéalisées. Et pendant que les écrans s’illuminent de ventres arrondis et de bébés souriants, une question demeure : que devient une mère quand le téléphone s’éteint et que les applaudissements virtuels disparaissent ?

Peut-être est-ce là le vrai défi de la maternité connectée au Cameroun : apprendre à utiliser les réseaux sans y confier toute sa vulnérabilité, partager sans se diluer, témoigner sans se mettre en scène. Car si la maternité mérite d’être racontée, elle mérite surtout d’être vécue, loin du bruit des notifications, dans la vérité brute de l’amour, de la fatigue et du courage quotidien. On l’a appris depuis notre enfance : donner la vie n’a jamais été un spectacle parce que derrière chaque photo publiée se cache une réalité que ni les filtres, ni les likes ne peuvent complètement raconter.

 

Vos avis comptent !!  
Selon vous, les réseaux sociaux aident-ils réellement les femmes à mieux vivre la maternité, ou créent-ils de nouvelles pressions silencieuses ?


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1 Commentaires

  1. Merci beaucoup d’avoir parlé du sujet. Article très original et super bien abordé. En toute chose y a des dérives mais honnêtement c’est dur de vivre une grossesse toute seule. Internet nous aide surtout à nous dire qu’on est pas seule dans ça. Beaucoup de cas négatifs peuvent stresser mais beaucoup de cas positifs soulagent aussi. C’est chaque femme qui devrait choisir ce qu’elle veut à savoir son bien-être et ne pas suivre les astuces à la con sur les réseaux sans avis d’un professionnel de santé.

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