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Écriture manuscrite à l’ère du numérique : un geste qui s’efface lentement 🖊️📱

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Au Cameroun comme ailleurs, le numérique s’est imposé dans les gestes du quotidien. Pourtant, au milieu de cette déferlante technologique, l’écriture manuscrite résiste encore, parfois par nécessité, souvent par attachement. Entre écoles, administrations, étudiants et jeunes urbains ultra-connectés, écrire à la main devient un acte à la fois banal, nostalgique et de plus en plus questionné.

Dans les écoles, le stylo tient encore la ligne 📝📚

Dans les salles de classe camerounaises, l’écriture manuscrite reste la règle. Cahiers, dictées, devoirs surveillés, examens officiels : tout se fait encore au manuscrit, même si chaque élève est désormais « android ». Du primaire à l’université, le stylo demeure l’outil central de l’apprentissage. Pour beaucoup d’enseignants, écrire à la main n’est pas une option, mais une base fondamentale.

Denise, institutrice depuis 18 ans, insiste sur son importance malgré l’évolution technologique.

« Écrire à la main reste la base. Malheureusement, aujourd’hui, les enfants savent taper, mais ils ne savent plus écrire correctement. Les phrases sont mal construites. Quand le stylo tremble, c’est la pensée aussi qui tremble », fait-elle savoir.

Elle explique que l’écriture manuscrite aide les enfants à structurer leur pensée, à mémoriser et à développer leur concentration. Selon elle, les élèves qui écrivent régulièrement à la main comprennent mieux ce qu’ils apprennent et font moins de fautes que ceux qui passent trop vite aux écrans. En cause : l’absence d’effort, les écrans proposant des corrections automatiques.

Dans plusieurs établissements privés, certains parents s’inquiètent de voir leurs enfants exposés trop tôt aux tablettes. Ils redoutent une perte des automatismes, une écriture illisible et une difficulté à s’exprimer clairement sur le papier, alors que les examens nationaux restent strictement manuscrits.

À l’université, entre cahiers et smartphones 📲

Dans les amphithéâtres publics surchargés, la scène est révélatrice. D’un côté, des étudiants griffonnent frénétiquement dans leurs cahiers. De l’autre, des téléphones portables servent à photographier le tableau, enregistrer le cours ou taper quelques notes rapides.

Pour Serge, étudiant en sciences économiques, écrire à la main est devenu fatigant.

« Les cours sont longs et, en plus, les enseignants dictent vite. Le téléphone me permet de tout conserver sans effort », explique-t-il.

Pourtant, il reconnaît que lors des révisions, il finit toujours par recopier certaines notions à la main pour mieux les retenir, les enregistrements étant souvent trop longs et remplis d’explications.

À l’inverse, Clarisse, étudiante en lettres modernes, refuse d’abandonner le stylo.

« L’écriture manuscrite m’aide à réfléchir, à formuler mes idées et à construire mes dissertations. Pour moi honnêtement, taper sur un écran donne l’illusion de comprendre, alors que l’écriture oblige à ralentir et à penser », affirme-t-elle.

Dans les bureaux, le clavier prend le dessus ⌨️

Dans les administrations, les entreprises privées et les start-up, l’écriture manuscrite recule nettement. Rapports, courriels, procès-verbaux, factures, tout se fait désormais à l’ordinateur ou sur smartphone. Le papier reste présent, mais souvent pour des signatures, des brouillons ou des documents officiels.

« Même les notes de service sont aujourd’hui envoyées par WhatsApp ou par mail. Les cahiers de réunion ont presque disparu, remplacés par des fichiers partagés. On a tous la flemme de prendre un papier, d’écrire, puis de tout retranscrire », confie Jean-Pierre, agent administratif.

Ce basculement n’est pas sans conséquences. Certains cadres reconnaissent avoir perdu l’habitude d’écrire longuement à la main. Lorsqu’il faut remplir des formulaires ou rédiger une lettre manuscrite, l’exercice devient lent, inconfortable, parfois source de fautes inhabituelles.

Écrire à la main, un luxe émotionnel 📖💌

Au-delà de l’école et du travail, l’écriture manuscrite conserve une forte valeur symbolique. Lettres d’amour, carnets personnels, journaux intimes, prières, notes spirituelles : pour beaucoup de Camerounais, écrire à la main reste associé à l’émotion et à l’intime.

Mireille, 32 ans, tient un journal depuis l’adolescence. Elle explique que coucher ses pensées sur le papier lui procure un apaisement que le téléphone ne lui offre pas. Elle parle d’un lien physique avec ses mots, d’une trace plus vraie, plus sincère et durable.

Même dans un monde saturé de messages instantanés, une minorité choisit encore la lettre manuscrite pour demander pardon, remercier ou annoncer un événement important. Le geste est perçu comme dépassé, mais apparaît plus authentique, plus respectueux, presque solennel.

Le numérique accélère, l’écriture ralentit ⚡

L’écriture manuscrite souffre surtout d’un monde pressé. Le numérique privilégie la rapidité, l’efficacité et la multiplication de messages courts. On écrit plus, mais moins profondément. Les abréviations remplacent les phrases, les emojis remplacent parfois les mots.

Des enseignants et des psychologues alertent sur cette évolution. Ils estiment que la disparition progressive de l’écriture manuscrite pourrait appauvrir l’expression écrite, réduire la capacité d’analyse et fragiliser la mémoire à long terme, surtout chez les jeunes.

Pourtant, le numérique n’est pas forcément l’ennemi. Certains établissements expérimentent des tablettes avec stylet, tentant de concilier technologie et écriture manuelle. Une manière de préserver le geste tout en s’adaptant aux outils modernes.

Entre progrès et perte de repères 🧠

Au Cameroun, l’écriture manuscrite n’a pas disparu. Elle recule, se transforme, se replie sur certains espaces. Elle reste dominante à l’école, utile dans l’administration et précieuse dans la sphère intime. Mais elle n’est plus évidente, ni naturelle pour une génération née avec les écrans.

L’enjeu n’est peut-être pas de choisir entre le stylo et le clavier, mais de préserver l’équilibre. Car écrire à la main, ce n’est pas seulement produire des mots. C’est apprendre à penser lentement, structurer ses idées et laisser une trace qui ne dépend ni d’une batterie ni d’un réseau.

Dans un pays en pleine transition numérique, abandonner totalement l’écriture manuscrite reviendrait à perdre une part silencieuse mais essentielle de la mémoire collective. Parfois, dans le bruit constant des notifications, un simple stylo peut encore aider à entendre sa propre voix.

Vos avis comptent !!! ✍🏽
Écrivez-vous encore régulièrement à la main ou le numérique a-t-il changé votre façon de penser et de vous exprimer ?


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