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Liberia : deux lois pour sécuriser une transformation numérique encore fragile 🇱🇷

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Le pouvoir libérien vient de franchir une étape législative attendue depuis plusieurs mois. Le président Joseph Boakai a signé deux textes majeurs, la loi sur la cybercriminalité et la loi sur la protection des données personnelles, dans un pays où l’infrastructure numérique reste embryonnaire mais où les ambitions de croissance digitale s’accélèrent nettement.

Un arsenal juridique calé sur les flux numériques ⚖️

L’annonce a été faite mercredi 19 août par le ministre des Postes et Télécommunications, Sekou Kromah, en marge d’un autre événement technologique : la signature des directives encadrant les communications satellitaires de l’Autorité des télécommunications du Liberia. Ce doublé législatif ne relève pas du hasard calendaire. Il traduit une volonté d’aligner le cadre réglementaire sur l’expansion des usages numériques dans le pays, qu’il s’agisse des transactions en ligne, des services publics dématérialisés ou des échanges de données sensibles entre administrations et citoyens.

La loi sur la cybercriminalité dote désormais les autorités judiciaires d’une base légale solide pour identifier, poursuivre et sanctionner les infractions commises par le biais des réseaux informatiques et des outils numériques. La loi sur la protection des données, quant à elle, encadre pour la première fois de manière structurée la collecte, le traitement et la conservation des informations personnelles par les acteurs publics comme privés, un vide juridique qui pénalisait jusqu’ici la confiance numérique dans le pays.

Un financement de 50 millions de dollars (environ 28,5 milliards de francs CFA) en toile de fond💰

Cette double promulgation intervient peu après la conclusion d’un accord de 50 millions de dollars (environ 28,5 milliards de francs CFA) entre le Liberia et la Banque mondiale, destiné à financer l’accélération de la transformation numérique nationale. L’articulation entre ce financement et l’adoption des deux lois n’est pas anodine : aucun partenaire technique ou financier international ne s’engage durablement sur des projets numériques sans garanties minimales en matière de cybersécurité et de gouvernance des données.

Un indice de cybersécurité qui pointe les fragilités 📉

Malgré cette avancée normative, le chemin reste long. L’Union internationale des télécommunications classe le Liberia parmi les pays situés au deuxième niveau le plus faible de son Indice mondial de cybersécurité, tout en reconnaissant des progrès sur le plan juridique et de la coopération régionale, notamment via des initiatives comme OCWAR-C en Afrique de l’Ouest. Les lacunes identifiées concernent surtout les capacités techniques opérationnelles, l’organisation institutionnelle et le développement des compétences spécialisées, des maillons indispensables pour qu’une loi produise des effets concrets sur le terrain.

L’e-gouvernement, un chantier encore balbutiant 🖥️

Le retard numérique du pays se lit également dans les classements internationaux consacrés à l’administration électronique. Selon le Département des affaires économiques et sociales des Nations unies, le Liberia occupe la 47ᵉ place sur 54 pays africains et la 182ᵉ place sur 193 à l’échelle mondiale en matière de développement de l’e-gouvernement, avec un score de 0,2513 sur 1, très en deçà des moyennes continentale et internationale. Ce contexte éclaire l’enjeu réel des deux nouvelles lois : elles ne viennent pas consolider un écosystème numérique mature, mais plutôt préparer le terrain juridique avant que les infrastructures et les services publics numériques ne se développent véritablement.

Une séquence à suivre de près 🔍

Le véritable test se jouera désormais dans la mise en œuvre. Une loi sur la protection des données n’a de valeur que si des mécanismes de contrôle, une autorité de régulation opérationnelle et des sanctions appliquées viennent la faire vivre. Le Liberia rejoint ainsi une liste croissante de pays africains, du Burundi au Soudan du Sud, qui légifèrent sur le numérique avant même d’avoir consolidé les capacités techniques nécessaires à l’application de ces textes.

D’après vous, la loi sur la cybercriminalité peut-elle réellement produire des effets si les capacités techniques et institutionnelles ne suivent pas ? Dites-le-nous en commentaire.


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