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Apprendre l’Ewondo, le Bassa, le Duala, le Bafang, le Fulfuldé, le Ghomala’ ou d’autres langues camerounaises ne passe plus uniquement par la transmission familiale, les cahiers ou les dictionnaires. Les appareils s’invitent désormais dans cet apprentissage. Applications mobiles, contenus audio, dictionnaires numériques, exercices interactifs et intelligence artificielle commencent à transformer les appareils en véritables supports linguistiques. Au Cameroun, cette évolution ouvre une nouvelle voie pour apprendre, pratiquer et surtout maintenir le lien avec des langues parfois moins transmises aux jeunes générations.
Quand les appareils deviennent des supports linguistiques 📲
Pour débuter l’apprentissage, le fonctionnement est relativement simple. L’utilisateur télécharge l’application, choisit une langue et accède depuis son appareil à des contenus conçus pour apprendre progressivement du vocabulaire, des expressions ou des phrases courantes. Selon les plateformes, l’apprentissage passe par des exercices, des enregistrements audio, des dialogues, des jeux ou encore des dictionnaires numériques.
Au Cameroun, des initiatives comme Bibala, Diloh ou Ovúmá explorent déjà cette voie, avec des approches et des fonctionnalités différentes. On y propose notamment des parcours d’apprentissage, un dictionnaire illustré, des contenus audio et un fonctionnement hors ligne, avec l’ambition d’intégrer progressivement davantage de langues.
Le changement se situe surtout au niveau du support. La langue locale camerounaise n’est plus uniquement conservée dans un livre ou transmise oralement au sein de la famille. Elle commence à disposer de son propre espace numérique, dont le contenu renvoie directement à une réalité culturelle et communautaire.
L’audio donne une nouvelle dimension à l’apprentissage 🎧
Pour une langue locale, le texte ne suffit pas toujours. La prononciation, les intonations et les tons peuvent modifier le sens ou rendre une expression difficile à reproduire correctement.
L’audio devient alors un élément central. L’utilisateur peut écouter un mot ou une phrase, répéter, recommencer et revenir sur le contenu autant de fois que nécessaire.
« Avec le téléphone, je peux revoir les mots plusieurs fois dans la journée. Je n’ai pas besoin d’attendre d’être avec quelqu’un qui parle la langue », explique Linda Marie, apprenante de la langue Bassa.
Pour Ivan Olama, apprenant du Bulu, « le fait d’entendre directement la prononciation est beaucoup plus pratique que d’avoir seulement le mot écrit ».
Le smartphone apporte ainsi une dimension sonore difficile à reproduire avec un dictionnaire classique.
Les parents apprécient la flexibilité 👨🏾👩🏾👧🏾
Chez les parents, l’intérêt est avant tout pratique. Un enfant peut consacrer quelques minutes par jour à l’apprentissage d’une langue locale, à la maison ou pendant un déplacement. Le parent peut également utiliser l’outil pour reprendre une langue qu’il comprend mais qu’il ne pratique plus suffisamment.
« C’est intéressant parce que l’enfant peut apprendre seul et nous pouvons ensuite reprendre avec lui ce qu’il a vu sur l’application », témoigne Aristide Ekoue, parent.
Cette facilité d’accès peut aussi répondre à une difficulté devenue courante dans certaines familles. Les parents comprennent ou parlent une langue locale, mais leurs enfants la pratiquent beaucoup moins. Le numérique devient alors un moyen de réintroduire progressivement cette langue dans les habitudes quotidiennes.
La technologie ne remplace pas la transmission familiale 🗣️
L’utilisation d’une application présente toutefois des limites. Un enfant peut mémoriser plusieurs mots sans parvenir à les utiliser naturellement dans une conversation.
« Je trouve l’application pratique, mais elle ne peut pas remplacer les échanges avec les grands-parents ou les personnes qui parlent réellement et couramment la langue », estime Bertille Ndanga, mère.
Une application peut enseigner le vocabulaire et faire répéter des expressions. La conversation réelle apporte davantage car elle permet de comprendre le contexte, l’humour, les expressions familières, les nuances et les variantes utilisées dans une communauté. La technologie fonctionne donc davantage comme un complément à la transmission orale.
L’apprentissage hybride s’impose progressivement 🔄📱
Le smartphone peut fournir les bases, mais le parent peut corriger l’utilisation d’un mot. De son côté, le grand-parent peut apporter une autre prononciation ou une expression traditionnelle. L’enfant peut ensuite réutiliser ce qu’il a appris dans une conversation réelle. Cette complémentarité donne au numérique une place particulière dans la transmission linguistique.
« Le téléphone peut aider à commencer, mais pour vraiment parler une langue, il faut la pratiquer avec des personnes qui la parlent au quotidien », souligne André Kouang, parolier traditionnel.
Cette approche hybride est cohérente avec les orientations de l’UNESCO. L’organisation considère les outils numériques comme des moyens pouvant soutenir l’enseignement multilingue, tout en soulignant l’importance des langues parlées à la maison et de l’implication des communautés. L’application devient ainsi un support pédagogique supplémentaire. Elle ne cherche pas à remplacer l’enseignant, le parent ou le locuteur natif, mais à faciliter l’accès à la langue.
Derrière l’application, une bataille pour les données 🗃️🧠
L’un des enjeux les plus importants se trouve pourtant derrière l’écran. Pour qu’une technologie comprenne correctement une langue, il faut des données. Vocabulaire, phrases, traductions, enregistrements audio, différentes prononciations, variantes régionales, conversations et corpus écrits sont nécessaires pour construire des outils linguistiques performants. Cette question devient encore plus stratégique avec l’intelligence artificielle.
L’UNESCO souligne en 2026 que de nombreux outils d’IA restent moins efficaces dans les langues africaines, en raison notamment du manque de données disponibles pour leur entraînement. Celles disposant de grandes quantités de données numériques bénéficient aujourd’hui d’un avantage important dans le développement des outils d’IA.
Les langues moins documentées restent plus difficiles à intégrer aux systèmes de traduction automatique, de reconnaissance vocale ou d’assistance conversationnelle. Pour les langues camerounaises, la numérisation devient donc aussi un enjeu de souveraineté linguistique et technologique. Le passage de quelques langues à plusieurs dizaines nécessite des ressources humaines, techniques et financières importantes.
Pratique, mais pas magique ⚖️
Le smartphone peut rendre l’apprentissage plus accessible, plus régulier et parfois plus attractif pour les jeunes. Il peut aussi contribuer à faire entrer les langues camerounaises dans un univers numérique longtemps dominé par les langues internationales. Son rôle reste cependant celui d’un outil.
Le smartphone peut faire apprendre le mot. L’audio peut faire entendre sa prononciation, l’exercice peut aider à le mémoriser. L’intelligence artificielle pourra progressivement accompagner certaines conversations, mais la maîtrise vient de la pratique.
Pour le Cameroun, le véritable enjeu dépasse donc la création d’applications linguistiques. Il consiste à construire progressivement un patrimoine numérique suffisamment riche pour que les langues camerounaises soient présentes dans les applications, les moteurs de recherche, les assistants vocaux, les outils de traduction et les systèmes d’intelligence artificielle. Demain, la survie numérique d’une langue pourrait être aussi importante que sa transmission dans la famille.
Et vous, internautes ?
Pensez-vous que les applications et autres outils numériques peuvent réellement contribuer à préserver et transmettre les langues camerounaises, ou la pratique en famille reste-t-elle indispensable ?
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